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29.11.2011 Gillard: Broutin, A propos de l'Affaire Giotto (l'interview complète)

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Lettrisme XXIe siècle. - A la lecture des trois textes que tu livres dans le catalogue de l’exposition, on comprend que dans cette œuvre qui s’étale sur quatre années il y a une superposition de sujets. D’abord la rencontre des plus émouvantes avec Giotto à Assise, « Nous étions tous deux des explorateurs de la perspective : lui, figurative, moi, lettriste [...] Je me découvrais un frère de combat », puis la question polémique de la paternité des œuvres, ce que j’appellerais si tu veux bien le mensonge des petits contre les grands, enfin « la singularité spirituelle » de Saint-François d’Assise qui t’amène à réfléchir pour ton propre travail. Est-ce que j’oublie quelque chose ?

Broutin - C’est vrai que plusieurs thèmes s’entrecroisent dans cette rencontre avec Giotto : la perspective, la paternité des créations et l’émotion ressentie devant la beauté nouvelle. La perspective d’abord puisque c’est le cœur de ma démarche depuis les premiers dessins de 1968. La perspective lettriste et hypergraphique, commencée par les inclusions d’inclusions de lettre (1) pour créer la profondeur du mot et de la phrase, puis ses conséquences, la mise en abîme des pages en 1973 avec les plans inclinés et sécants, qui déroulent le thème d’économie politique du Désir paradisiaque et l’externité, pendant presque une décennie, pour le reprendre en 2006 avec le Désir retrouvé. La perspective excoordiste ensuite, faite d’infinis en expansion et reliés entre eux, qui me donne la clé pour réinterpréter l’œuvre de Giotto dans l’Affaire Giotto III en 2008.

La paternité des créations qui donne lieu comme tu le dis « au mensonge des petits contre les grands ». Dans le cas de Giotto, comme pour Picasso ou Isou, la place des prédécesseurs et des successeurs ou camarades de combat est exaltée pour diminuer leurs apports. Parfois comme pour Giotto on leur nie mȇme la réalisation concrète de certaines œuvres.

L’émotion ressentie, d’abord dans la nef de la cathédrale d’Assise face aux scènes du récit de la vie de Saint François, s’amplifie encore devant les fresques peintes par Giotto et par son maître Cimabue et qui recouvrent entièrement les parois et les voûtes de la crypte, comme dans un hypogée égyptien.

Victime du syndrome de Stendhal, en colère contre ceux qui ne veulent pas humblement reconnaître le génie, mu par la nécessité de prolonger mon œuvre, je me suis lancé dans le cycle consacré à Giotto.

Lettrisme XXI. – Restons un peu sur la seule perspective. Parmi tous les lettristes c’est vraiment une préoccupation, il serait peut-être plus exact d’ailleurs de parler d’une vraie passion, qui t’appartient en propre. Peux-tu nous en dire davantage sur ce qui l’a fait naître et durer ?

Broutin - Qu’est-ce qui fait naitre une passion et la fait durer ? En ce qui me concerne tout à commencé par les visites à 10 ans au Musée du Louvre – dans la section des antiquités égyptiennes – pour étudier les éléments picturaux juxtaposés les uns à coté des autres ou entassés les uns sur les autres.


Tombe de Nebamon, Thèbes, 1400 ac

Ensuite, une professeure de dessin du lycée de Sèvres qui m’ouvre une porte du savoir et grâce à qui je suis enfin capable de rendre la perspective d’une allée bordée d’arbres.



Plus tard, la fascination de la géométrie dans l’espace qui me valait les seules notes supérieures à la moyenne en cours de mathématiques.



La rencontre du lettrisme n’a pas éteint cette passion, au contraire elle l’a renforcé et lui a donné un sens nouveau. N’ayant pas trouvé le matériel esthétique nouveau, il ne me restait qu’à développer des rythmes propres et c’est ce à quoi je me suis appliqué dans mes premières oeuvres avec les inclusions d’inclusions de lettres, de mots, de phrases, etc. ,


Adam, encre de chine sur toile écrue, cm 130x96, 1970 (détail)


dans Le désir paradisiaque et l’externité avec les plans inclinés qui s’entrecroisent,



Le désir paradisiaque et l’externité, encre de chine et acrylique sur toile, cm 65x54, 1976

enfin plus récemment en proposant la perspective des infinis en expansion et coordonnés de l’Affaire Giotto III .


Deux infinis en expansion séparés par une ligne (Joseph et les bergers), impression et encre de chine sur papier, cm 30x21, 2008


Tu vois, la perspective c’est un fil conducteur qui traverse toutes les étapes de la peinture depuis ses origines et aboutit, comme une évidence, à ma place dans le lettrisme.

Lettrisme XXIe siècle. - On ne connait jamais les ressorts qui font naître une nouvelle série d'oeuvres, un prolongement inattendu. Aurais-tu quelques idées qui te trottent dans la tête ?

Broutin. - Continuer à explorer les relations entre les éléments esthétiques et leurs combinaisons élastiques. Comme je l’ai montré avec l’Affaire Giotto, la nouvelle perspective peut servir de grille  pour réinterpréter la peinture passée.

C’est ce que je veux confirmer en consacrant une étude à Kandinsky et à l’art non-figuratif.


(1) Dans son essai intitulé Perspective, édité en 1976 par le Studio M de Mike Rose à Bamberg,  Jean-Paul Curtay caractérise ce style de multi-inclusion. Sa tentative s’arrête  à la lettre comme constituant  de la perspective picturale.  Il ne voit pas au-delà de cet élément originel, ses combinaisons existantes, le mot, la phrase, le paragraphe, la page, les ensembles de pages, pourtant déjà explorées dans Le désir paradisiaque et l’externité.

 
© Lettrisme XXIe siècle, JP. Gillard, Broutin


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07.10.2011 Merci Steve Jobs
L'ordinateur au clavier des touchers , 1991, présenté Galerie de Paris/Eric Fabre dans le cadre de l'exposition Je pilote neuf en 1993.
 
11.09.2011 Gillard : Broutin, l'interview
Lire l'intégralité de l'entretien sur Lettrisme XXIè siècle

 






















Il y a longtemps que je souhaitais obtenir une interview de Broutin. Elle me fait donc particulièrement plaisir. J'ai aimé qu'il réponde avec précision sur son oeuvre, et raconte ses étapes cruciales. Qui sait débarasser de son discours l'inutile, mérite attention. Le titre de l'entretien est un clin d'oeil à son tableau, La Grande Fabre (2004-2005), dédié à l'ami des lettristes Éric Fabre. (JPG)

Lire l'intégralité de l'entretien sur Lettrisme XXIè siècle

 
27.08.2011 La Grande Fabre 2

La Grande Fabre 2 (le Désir paradisiaque et l'externité quatre-vingt dix et quatre-vingt onze I), encre de chine sur toile, cm 300x200, 2010-2011

XC
Etant donné que les choix personnels des agents dépendent des biens produits par les fonctions et les producteurs, toute l'Economie, jusqu'à présent, n'a jamais pu parler que des goûts permis des agents donnés. Ainsi, l'ensemble des goûts existants, impossibles à réaliser, l'intégralité des dé-goûts ou des dé-plaisirs, toute la masse des goûts (plaisirs) à venir, comme le phénomène de transformation des goûts (plaisirs) et de leurs unités, ont échappé à notre science. Embrasssant le Désir (dé-goût, déplaisir des goûts - plaisirs - acquis, résultant des catégories des fonctions), l'Economie Nucléaire seule peut, en parlant de cette somme, offrir la vision de l'univers intégral des goûts
(plaisirs).

XCI
Pour Isou, si le monde économique entier se base sur une "donnée physiologique", l'homme, devenu particule psycho-physique du Désir, les simples goûts stratifiés ou cristallisés des agents du circuit ne peuvent pas être des "données", car il s'agit d'éléments tardifs, derniers. Envisageant un monde "pré-circuital", une armature d'externité par rapport à la matrice des choix possibles ou aux catégories acquises, (organisatrices) des besoins, ...

Isidore Isou, in Traité d'Economie Nucléaire, Supplément au Soulèvement de laJeunesse, tome I, chapitre I, le Désir paradisiaque et l'externité, ed. CICK Paris 1972, pp 134 et 136

 
30.05.2011 Les pyramides (1988-2011)
Exemplaire unique réalisé pour l'AtelierLettrista, Berlin 2011,
format cm 21 x25.


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16.07.2011 Highlights

La Galerie Satellite à Paris propose un cycle de 5 expositions organisées par Frédéric Acquaviva, dont 3 sont consacrées à des artistes lettristes. Isidore Isou, Alain Satié et François Poyet.

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24.05.2011 Conférence Frédéric Acquaviva

Concerto et oeuvres plastiques, in Lettrist poetry-music and Hypergraphy, Conférence de Frédéric Acquaviva, Moderna Museet, Stockholm.

Photo ci-contre : Frédéric Acquaviva devant une oeuvre de Roland Sabatier.

Crédit : Anne-Catherine Caron.


 
17.03.2011 L'Affaire Giotto 2006/2010

L'expo
17 / 20 mars
Palazzo Bertalazzone
Via San Francesco d'Assisi 14

TORINO
Le vernissage
VIDEO

22 mars / 30 avril
Libreria Antiquaria Fabio Freddi
Via Mazzini 40

TORINO

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Palazzo Bertalazone
Libreria Antiquaria Fabio Freddi


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«Une ivresse belle m’engage Sans craindre même son tangage De porter debout ce salut»

Mallarmé



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L’AFFAIRE GIOTTO III
(La perspective étendue et coordonnée)

J'avais laissé Giotto à Assise, sans réussir à résoudre définitivement le mystère de la paternité des fresques du cycle de Saint-François, laissant les experts du maître florentin continuer à confirmer ou à infirmer l’attribution de l'ensemble pictural à mon glorieux prédécesseur.

Quant à moi, je m'accrochais à l'anti-phrase que j'avais écrite dans le carton d'invitation de l'exposition de Colle di Val d'Elsa consacrée aux peintures de la nef de la basilique supérieure de San Francesco : “Giotto n’aurait pas peint toutes les fresques de la vie de Saint François à Assise, Picasso n’aurait pas inventé le cubisme et Isou n’aurait pas créé le lettrisme”.

Je suivais ses traces dans l'Italie de la fin du treizième siècle et l'accompagnais d'Assise à Padoue. J'avais moi-même laissé les collines sienoises pour venir m'installer à Vérone. Il me semblait que, sans y prendre garde, je suivais les traces de mon illustre devancier. Je faisais comme lui le voyage de la Toscane à la Vénétie. Cette fois-ci j'arrivais en terrain déminé, personne ne semblant contester à Giotto l'attribution des fresques de la chapelle des Scrovegni.

Dans les oeuvres que je dédiais au maître d'Assise dans "l'Affaire Giotto", j'avais inséré des éléments d'architecture, empruntés au cycle de Saint François, dans les profondeurs des lettres, des mots et des phrases, afin de définir une nouvelle perspective.

Je n'étais pas resté insensible à la singularité spirituelle de la thématique de la vie du fondateur de l'ordre des franciscains. Mais cette fois-ci les choses se compliquaient. Le thème de la vie du Christ et de sa famille m'apparaissait à la fois comme plus lointain et naif. Le message révolutionnaire du Christ, amenant à la libération des esclaves dans le monde romain, s'étalait sur les murs de la chapelle padouane comme une berceuse racontée aux petits enfants.

En un mouvement inverse, je voulais cette fois-ci utiliser les figures sacrées des Evangiles pour les introduire dans une perspective lettriste, les laisser se mouvoir entre les lettres, se parler entre les mots, naître ou mourir dans les phrases, s'interpeller, se trahir d'une lettre, d'un mot ou d'une phrase à l'autre. C’est ce que j’ai fait dans le chapitre II de l’Affaire Giotto (à paraître aux Editions Peccolo à Livourne dans la collection Souvenirs d’Artistes).

En travaillant sur les planches de la deuxième partie, tout en sentant la nécessité de la réalisation concrète de cette étape qui m’apparaissait, à peine commencée, comme un prolongement de l’acquis, je voulais poursuivre sur la voie que j’avais ouvert à la perspective esthétique en 1995 dans Différents infinis et explorer de nouvelles possibilités encore plus surprenantes, voire vertigineuses.

C’est de cette «ivresse» qu’est né le chapitre III de l’Affaire Giotto, la perspective étendue et coordonnée. Comme une préfiguration des beautés à venir, je plaçais la Capture du Christ sur un fond d’infinis en expansion, j’additionnais des infinis en expansion et coordonnés pour la Cène, je superposais librement des infinis (Joachim chassé du temple), je les accumulais (le Massacre des innocents), les incluais les uns dans les autres (l’Annonciation), les reliais fortement entre eux (la Présentation de Marie), les entremêlais (les Docteurs), les superposais (Le lavement des pieds), les croisais (La Visite à Elisabeth), etc... Enfin, j’inventais des infinis en expansion non précisés (les Lamentations).

J’étais ému par le plaisir de découvrir sous mes mains la révélation des possibilités encore inexplorées de la perspective étendue et coordonnée (excoordiste).

Je rejoignais l’inventeur de la peinture moderne et le promoteur du lettrisme, qui m’avaient permis de jeter, au-delà de leur oeuvre respective, un pont neuf entre le présent et le passé.

Vérone, 2008

 
12.02.2011 Alain Satie (1944-2011)
Broutin, Berlin le 12 février 2011, texte lu par Delphine Ganne lors des funérailles d'Alain Satié.

 


Pour un avenir meilleur

Alain Satié est né en 1944. Après un passage à l'École des Beaux Arts de Toulouse, il monte à Paris en 1964 et rallie aussitôt le mouvement lettriste dont il deviendra un des protagonistes les plus importants. Pendant presque cinquante ans, il va développer une oeuvre essentielle pour la compréhension de l'évolution de l'art de la deuxième moitié du 20ème siècle.

Ce qu'il nous laisse est immense. Peinture, sculpture, architecture, art du meuble, poésie, cinéma, aucun domaine n'a échappé à sa soif inventive. Il fera de l'approfondissement des concepts isouiens la base de ses apports.

Les premieres oeuvres aux traits encore incertains (1964),  les Entassements maitrisés (1966), l'infinitésimal controlé et relancé (1971), les Transparences (1983),  Les créations du lettrisme en 26 tableaux explicites (1990), les Portraits d'un groupe excoordiste (1995), les Déplacements consécutifs sans origine (2004),  jusqu'aux Souvenirs présents (2006), sont autant d'étapes qui lui permettent d'exprimer ses nuances, d'imposer ses propres dépassements créatifs dans l'ensemble lettriste.

En 1979, dans l'art du meuble, l'un de ses apports le plus important, il propose des fauteuils hiératiques dressant leur dossier comme des totems hypergraphiques et des panneaux de bois mystérieux pour les parois d'une salle de billard.

Mais son oeuvre est également importante par l'énergie qu'il a constamment déployée dans l'édition. Plus de quarante ouvrages originaux jalonnent son demi-siècle, du précieux Superstrat (1966) à la réédition de Pour un avenir meilleur, fin 2010.

Son oeuvre est encore largement inconnue, mais la redécouverte du lettrisme permettra de mieux situer son importance dans l'histoire de l'art contemporain.

Alain Satié rêvait de la Société paradisiaque, idéal pour lequel il a combattu toute sa vie. Alain Sabatier est mort!

Vive Alain Satié!

 
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